mardi, 24 juin 2008
Des leçons à tirer

Nos voisins Irlandais viennent donc de refuser le traité de Lisbonne. Mis dans un contexte similaire à celui des Français en 2005, ils répondent la même chose avec à peu près le même score et la même répartition sociologique. Comme quoi, faire la même chose donne la même chose et, faire plus de la même chose donne plus de la même chose : les shadocks sont parmi nous.
Peut-être convient-il de faire mémoire du premier non Irlandais de 2001 (traité de Nice). Ils avaient alors du revoter pour obtenir - enfin ! - un oui (avec 23% de votants). Cela s'appelle de l'acharnement démocratique. Ces consultations référendaires pointent les limites d'une certaine idée de la démocratie directe. Il y a en effet quelque chose de bassement manipulateur à prendre le pouls d'un peuple sur une question tout en lui disant "il faut voter OUI, le non est une catastrophe" ou encore "on te laisse choisir mais tout de même le mieux pour toi est le OUI" C'est très infantilisant, pas étonnant que la réponse soit alors celle classique d'un enfant ou d'un adolescent : NAN !
Le référendum doit porter sur des questions simples même si elles sont extrêmement structurantes et pas sur l'approbation de pavés techniques de plus de 200 pages, c'est pas le boulot du peuple de dépioter ce genre de truc quand même ! Il y a des élus et des experts pour ça il me semble. Demander au peuple s'il est d'accord avec de grandes orientations oui, lui demander d'analyser des docs non !
Bien sur le non est rationalisé (rationnel ?) et cette rationalisation est aussi portée par un vote objectif en dehors d'une simple mécanique de stigmatisation ou d'analyse transactionnelle appliquée aux masses. En France par exemple, le non est, pour l'essentiel, porté par un escadron de petits idéologues frileux et d'opportunistes répétant à satiété : "non à l'Europe libérale qu'ILS veulent nous imposer".
"Europe Libérale", le gros mot est lâché et derrière suit toute la cohorte fantasmatique : "la perte de pouvoir d'achat", "le nivellement des acquis sociaux", "la fin du service public", "la mise en danger de la souveraineté et de l'identité nationale", "la concurrence déloyale", ... Tous ces masques déformés qu'on nous agite sous le nez afin de nous convaincre que faire avancer l'Europe dans le bon sens c'est dire non.
Il y a dans tout ce discours noniste, qui s'appuie sur sa part de vérité bien sur, quelques petits oublis, rien du tout, trois fois rien, des broutilles vraiment :
- oublié que notre Europe soi disant libérale est celle qui depuis sa création "oblige" les plus riches à donner aux plus pauvres afin qu'ils s'enrichissent aussi (et ça fonctionne !) ;
- oublié que notre Europe soi disant libérale trouve des rêgles communes les plus justes tout en respectant les spécificité de chacun ;
- oublié que notre Europe soi disant libérale est une fabrique de paix ou nos jeunes circulent échangent partagent parlent plusieurs langues ;
- oublié que notre Europe soi disant libérale protège nos minorités de l'inévitable risque de nivellement par les majorités
...
C'est trahir la vérité que de présenter l'Europe et ses réelles difficultés et limites en omettant cela et les Mélanchon, De Villiers, Le Pen, Buffet, Besancenot qui constituent comme chacun sait la fine fleur de notre pensée politique le savent bien. Qu'espérer d'autre de ces politiciens qui proposent des solutions simplistes à toute chose ?
Tout celà n'empêchera pas l'Europe d'avancer, il y a trop d'enjeux de civilisations, trop de bonnes volonté et d'intelligence à l'oeuvre pour que la construction s'arrête. L'Europe n'avance pas à coup de traités, l'Europe ce sont : les vols lows cost, les échanges entre les universités ou les villes, les réseaux d'amis, le commerce, le sport, les couples "mixtes", les régions qui boostent, le travail de nos élus à Bruxelles et Strasbourg ... Les traités ne formalisent que des cadres qui facilitent ou accompagnent, anticipent parfois.
Alors il est grand temps de donner aux peuples européens autre chose que de l'argent et des facilités économiques et pratiques. Il faut redonner au peuple son trésor culturel et historique, sa fierté et ainsi faire vivre ce que Stéfan Zweig crut définitivement perdu : l'esprit européen, l'humanisme incarné et vivant, la capacité des peuples à être unis en étant eux-mêmes. Il faut redire aux peuples comment l'Europe est une espérance et un modèle pour le monde : nous sommes les héritiers de siècles de guerre et de paix, nous avons entre les mains toute l'intelligence artistique, intellectuelle, économique, pratique de nos pères.
Il faut redonner aux peuples le sens de ce qui se construit chez nous, sa finalité, ses enjeux. Nous avons traversé la nuit obscure du nazisme, nous avons survécu à ce désastre civilisationel et nous avons bâtis la paix et une certaine prospérité. C'est grâce à cet héritage, aux leçon apprises, à ce que nous avons su comprendre, apprendre de notre passé que nous pouvons apporter témoignage au monde entier de ce qu'est l'art du vivre ensemble unis et différents.
Car il faut savoir combien le monde nous regarde et comment les peuples pauvres ou en guerre nous envient, nous espèrent... Jusqu'en Azerbaïdjan on nous espère, jusque dans les caraïbes on nous imite (CARICOM). Il faut savoir cela et dès lors bien mesurer notre responsabilité : le monde nous regarde et nous espère. Nous avons la capacité d'apporter au monde l'exemplarité d'une nouvelle démocratie, riche mais généreuse, un contexte suscitant des hommes libres et en marches; forts d'une identité multiple, profonde, ouverte.
Nous avons le pouvoir de changer le monde avec notre merveilleuse usine à fabriquer de la paix, à créer de l'homme debout. C'est un beau combat et une sacrée belle mission.
Oui ?
Non ?
Xavier Guézou
Jeune Chambre Economique
Bretagne Prospective
22:41 Publié dans Nos amis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : association, sauvons l'europe, rennes, non, irlande
dimanche, 15 juin 2008
Non irlandais. Faut-il en rire ou en pleurer ?
18:06 Publié dans Humeurope | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : non, irlande, référendum, europe



